« Trois villages, trois âmes,
une même lumière. »
Bonjour à toutes et à tous.
Il y a, blottis entre les pierres des Alpilles, trois villages qui ont chacun leur caractère, leur histoire, leur secret. Trois lieux que les gens d’ici appellent — avec un brin de fierté et un brin de moquerie — le Triangle d’Or.
Les Baux. Saint-Rémy. Eygalières.
Trois villages que je traverse à vélo plusieurs fois par semaine. Trois villages que je connais comme on connaît un visage aimé : leurs rides, leurs sourires, leurs jours de mauvaise humeur quand le mistral souffle.
Voici leur histoire — racontée comme je l’ai apprise, à coups de pédale et de patience.
🏰 Les Baux-de-Provence — la pierre et la guerre

Les Baux, c’est la pierre. Le nom vient de lou baou — le rocher escarpé. Et c’est exactement ce que c’est : un éperon de calcaire blanc planté au milieu des Alpilles, comme une dent de pierre dans une mâchoire de roche.
Pendant des siècles, les seigneurs des Baux ont régné sur tout le pays. Ils étaient orgueilleux. Belliqueux. Ils descendaient — disaient-ils — du roi mage Balthazar. Leur blason portait une étoile à seize rais, comme l’étoile de l’épiphanie.
Du haut de leur citadelle, ils voyaient tout. La plaine. La Crau. La mer au loin par temps clair. Et ils étaient persuadés que toute cette terre leur appartenait — jusqu’au jour où Louis XI a décidé que non.
Aujourd’hui, le village est l’un des plus beaux de France (officiellement classé, ce n’est pas moi qui le dis). On y monte à pied, on y visite la citadelle, on y mange en regardant le Val d’Enfer. C’est très touristique, oui. Mais quand vous y arrivez tôt le matin, avant les bus, vous comprenez pourquoi tant de monde fait le voyage.
À voir aux Baux :
🏰 La citadelle et ses machines de guerre médiévales (impressionnant pour les enfants)
🎭 Les Carrières des Lumières juste en contrebas, dans le Val d’Enfer
🏛️ L’église Saint-Vincent et ses vitraux contemporains
🍴 Quelques très bons restaurants — réservation obligatoire en saison
🎨 Saint-Rémy-de-Provence — l’art et les histoires
Saint-Rémy, c’est l’art. Et les histoires.
Contrairement aux Baux qui se voient de loin, Saint-Rémy se cache modestement dans la plaine, au pied des Alpilles. Pas de citadelle. Pas de promontoire. Juste un cercle de boulevards autour d’un cœur médiéval qui semble n’avoir rien à prouver à personne.
Et pourtant — quelle ville. Glanum, la cité antique romaine, dort à ses pieds. Nostradamus y est né en 1503. Van Gogh y a peint 150 toiles en un an. Gounod y a composé son Mireille. Le marché du mercredi y bat depuis l’Antiquité.
Toute l’histoire culturelle de la Provence est passée par ici, à un moment ou un autre. Et continue de passer.
Mais le plus beau à Saint-Rémy, c’est peut-être ce que les guides ne montrent pas : les rues étroites de la vieille ville, les fontaines fraîches l’été, le bistrot où les anciens jouent à la belote, l’odeur des herbes provençales chez l’herboriste de la place. C’est une ville qui vit, pas un musée à ciel ouvert.
Je vous raconte tout cela en détail dans les pages Glanum & l’héritage romain, Nostradamus, Van Gogh & les artistes, Le marché du mercredi et Gounod et Mireille. Allez-y voir.
💧 Eygalières — l’eau cachée et le silence
Il y a des villages qui s’imposent avec du bruit. Et puis il y a Eygalières.
Eygalières ne parle pas fort. Eygalières murmure.
Le village est posé là, sur son piton de pierre blonde, entre les oliviers, les cyprès et le vent des Alpilles — comme un vieux berger qui regarde passer le temps sans jamais courir derrière lui.
Moi, j’y arrive souvent à vélo, en fin d’après-midi, quand la lumière devient couleur de miel chaud. Je viens depuis le Mas des Figues par les Baux puis je monte depuis Maussane par la route du Destet, les jambes qui râlent pas trop car j’ai la forme et j’ai le cœur qui dit merci.
Et chaque fois, c’est pareil. Je m’arrête à la fontaine en face de la brasserie populaire. Je regarde les gens. Les anciens. Les chiens. Les joueurs de pétanque. Les gens riches qui vont dîner au restaurant plus haut et qui ne marchent pas comme moi, et puis y a aussi les vedettes, les stars de la télé. — Eygalières, c’est un peu NAP, Neuilly Auteuil Passy. Et puis y a aussi les touristes qui croient découvrir la Provence alors qu’elle était déjà là bien avant eux. Et je souris. Je souris à la vie qui me permet d’être là avec mon vélo dans les Alpilles que j’aime, dans ce triangle d’Or incroyable de beauté. Merci, Dayenu.
💧 Le secret d’Eygalières — tout vient de l’eau
Contrairement aux Baux qui viennent du rocher — lou baou — Eygalières vient de l’eau.
Pas de l’aigle. Ça, c’est une invention pour cartes postales.
Les noms en Ayg, Eyg, Aig en Provence parlent presque toujours d’eau : Aigues-Mortes, Eyguières, Aygues-Vives… Parce qu’ici, sous la pierre sèche des Alpilles, l’eau circule en silence depuis des milliers d’années.
Trois anciennes conduites souterraines allaient chercher les sources :
- Saint-Sixte
- Calafiguière
- Sounègues — les eaux saines
Même dans les villages perchés de Provence, tout commence toujours par une source. Comme à Glanum. Comme dans la vie.
🪨 Les premiers hommes — avant les cartes postales
Bien avant les vélos électriques et les maisons à trois millions d’euros et même beaucoup plus, il y avait déjà des hommes ici. Ils vivaient dans les baumes du versant nord des Alpilles — des grottes, des refuges. Au-dessus du vallon de la Lèque, le Mur des Ligures regarde encore la vallée depuis l’âge du Bronze.
Puis les Romains sont arrivés — évidemment. Ils ont construit des villas agricoles dans les plaines fertiles : La Tabayonne, Le Fray… Les Romains construisaient tout : des routes, des aqueducs, des impôts, et des problèmes administratifs.
— Filipus Mikelotus : Par Jupiter, sans Rome vous seriez encore dans les grottes.
— Filipix Mikelotix : Oui… mais nous, au moins, on savait faire cuire les olives.
🏰 Le vieux village — vivre serrés pour survivre
Du Moyen Âge jusqu’à la Renaissance, les habitants montent se réfugier sur le piton rocheux. Parce qu’en Provence, quand ce n’était pas les guerres, c’était les pillages. Et quand ce n’était pas les pillages — c’était les impôts.
Alors on se serre derrière les remparts. Des bergers surtout. Eygalières devient une forteresse de pierre.
Et pourtant, malgré les seigneurs, les ducs et les rois, le village garde un esprit d’indépendance incroyable. En 1660, les habitants vont jusqu’à racheter leurs libertés — en choisissant de payer pour qu’on les laisse tranquilles.
🌾 Le XIXe siècle — quand l’eau change tout
Puis arrive la Durance. Et avec elle, le canal des Alpines.
L’eau transforme la plaine en jardin. Le village descend peu à peu du rocher — c’est le déperchement. Les paysans quittent les hauteurs pour cultiver les baisso, les terres plates fertiles. Le maraîchage explose. Les légumes partent vers Paris grâce au chemin de fer.
Et pendant ce temps-là, le vieux village tombe doucement en ruine sous le soleil.
La Provence est souvent comme ça — elle abandonne ce qu’elle aime pour pouvoir continuer à vivre.
⛪ Saint-Sixte — la petite chapelle qui tient le ciel
Et puis il y a Saint-Sixte.
Cette petite chapelle romane posée au milieu des cyprès, à deux kilomètres du village, au bout de la D248. Quand on arrive à vélo au coucher du soleil et qu’on voit son clocher découper le ciel des Alpilles — on comprend immédiatement pourquoi Van Gogh est devenu fou ici.
La Provence, parfois, est trop belle pour un seul cerveau humain.
📊 Trois villages, trois âmes
| Village | Son âme | Sa lumière |
|---|---|---|
| Les Baux | La pierre et la guerre | Blanche — lumière de forteresse |
| Saint-Rémy | L’art et les histoires | Changeante — lumière de peintre |
| Eygalières | L’eau cachée et le silence | De miel chaud au couchant |
🍷 Le marché du vendredi à Eygalières
Le vendredi matin, Eygalières sent l’huile d’olive, le melon, le basilic, la tapenade et le café serré.
Le marché est petit, familial, sans mise en scène. On y parle encore provençal entre deux cageots de tomates. Et moi, souvent, je m’arrête juste pour regarder les gens vivre.
Parce qu’au fond — c’est ça, le vrai luxe.
🚴 Le tour du Triangle d’Or à vélo
Voici le parcours que je fais souvent, au départ du Mas des Figues :
Étape 1 — Mas des Figues → Les Baux par les petites routes des Alpilles (10 km, montée tranquille)
Étape 2 — Les Baux → Maussane par la descente du Val d’Enfer (5 km, beauté pure)
Étape 3 — Maussane → Eygalières par la route du Destet (12 km, les jambes commencent à râler — un peu)
Étape 4 — Pause à la fontaine d’Eygalières, regarder les gens vivre (durée variable)
Étape 5 — Eygalières → Saint-Rémy par la plaine (8 km, faciles)
Étape 6 — Saint-Rémy → Mas des Figues (3 km, retour à la maison)
Total : environ 40 km. Compter une journée tranquille avec les pauses, le café à Eygalières, et un déjeuner sur le pouce quelque part. C’est mon parcours préféré. Vous voulez le faire avec moi ? Demandez-moi.
La lumière descend doucement sur les oliviers. Au loin, la cloche d’Eygalières sonne six heures.
— Filipus regarde les cyprès : Finalement, les Romains auraient bien pris leur retraite ici.
— Filipos regarde la plaine : Les Grecs aussi.
— Filipix ouvre une bouteille : Trop tard. Nous sommes déjà installés.
Et quelque part sous la pierre blonde, l’eau continue de couler en silence.
« Alpilles, je vous aime. »
Philippe Michelot
Le Dingo Écolo en Solo à Vélo du Mas des Figues
Philippe le Solistheureux