« Avant les Alpilles, il y a eu la Bourgogne. Avant la Bourgogne, il y a eu le Doubs. Avant moi, il y a eu douze générations de mains dans la terre — et une tante qui pétrissait son pain à Médières. »
Douze générations de vignerons à Pommard
Nous sommes en 1625. Louis XIII est sur le trône. Richelieu complote. Et dans un village de Bourgogne qui s’appelle Pommard, un certain Denys Michelot enfonce son premier pieu dans la terre calcaire.
Il ne sait pas qu’il vient de déclencher quelque chose. Une chaîne. Une transmission silencieuse qui traversera quatre siècles, onze rois, deux révolutions, un phylloxéra dévastateur, deux guerres mondiales — et finira un matin de printemps 2025, exactement 400 ans plus tard, dans les Alpilles.
- 1625 — Denys plante le premier pieu à Pommard
- 1789 — La vigne survit à la Révolution
- 1870 — Le phylloxéra ne plie pas la lignée
- 1904 — Dernières vendanges, Auguste, 9ᵉ génération
- 1926 — André naît, deviendra banquier — la chaîne se brise
En 1904, on les photographie — le patriarche Auguste avec sa pipe, les femmes en tablier, l’enfant assis sur le fût. Sur le tonneau : « Pommard · Vendanges · 1904 ». Dernière vendange de la lignée bourguignonne. Pour l’instant.

L’arbre généalogique complet — douze noms, trois siècles d’épopée vigneronne — finit avec André, né en 1926. Lui ne plantera pas la vigne. Il deviendra directeur de banque. La chaîne se brise. La Bourgogne reste, mais sans Michelot dedans.

Le Päite, la Naine, et la tante Gaby
De l’autre côté de la famille — côté maternel — il y a le Doubs. Un petit village qui s’appelle Médières. Pas de vignes ici. Juste de la terre, des légumes, des mains calleuses et des cœurs simples.
L’arrière-grand-père s’appelait le Päite. Sa femme, tout le monde l’appelait la Naine. Ces surnoms-là, dans les villages du Doubs, valaient mieux qu’un titre de noblesse.

La vie à Médières n’avait rien de romantique — elle avait quelque chose de bien mieux : elle était vraie.
Un jour, on proposa au vieux Päite d’aller dans une maison pour personnes âgées. Du confort. De la sécurité. Des repas à heures fixes.
Il réfléchit une seconde. Peut-être deux.
Et il répondit :
« Non. Moi mon bonheur, c’est de me réveiller le matin et d’aller pisser dehors dans le jardin, face au soleil levant. »
Descartes, Montaigne, Épicure, Thoreau — aucun n’a résumé le bonheur avec autant de précision et d’économie de mots.
Philippe Michelot est le petit-fils spirituel du Päite. Même philosophie — juste légèrement mise à jour pour le XXIᵉ siècle : sans montre, sans télévision, volets ouverts sur le ciel étoilé des Alpilles, et un triathlon le dimanche matin.
Et puis il y avait la tante Gaby. Gabrielle. Tablier à carreaux bleus et blancs, lunettes sur le nez, les cheveux un peu fous — toujours dans sa cuisine, toujours une casserole dans la main.

« La tante Gaby m’a appris que le vrai luxe c’est un kouglof maison, une tartine de cancoillotte, la soupe du soir, un œuf au plat avec le jaune intact — et le pain pétri à la main. »
Le pain, le geste, la mémoire des mains
Entre Médières et le Mas des Figues, il y a une chose qui n’a jamais vraiment disparu — le pain. La tante Gaby le faisait à la main, au levain naturel. Philippe le fait aujourd’hui avec des farines biologiques — même geste, même respect, juste la farine qui a changé de siècle.
« Je fais mon pain maison avec des farines biologiques. Ce n’est pas un hobby, ce n’est pas une tendance — c’est un souvenir de la tante Gaby qui remonte par les mains. Le geste est identique. Seule la farine a changé : elle est certifiée bio, comme tout le reste au Mas. »
La chaîne du pain · Médières → Alpilles
« Je fais mon pain parce que la tante Gaby faisait son pain.
Je cultive mon potager parce que le Päite cultivait son potager.
Je plante ma vigne parce que Denys Michelot plantait sa vigne.
Ce n’est pas de la nostalgie. C’est de la fidélité. »
Garden to Kitchen to Table · La transmission sur 4 générations
Plusieurs décennies sans les mains dans la terre
Entre les deux familles et le Mas des Figues, il y a une vie. Longue, riche, sinueuse. Une carrière dans l’hôtellerie. Des enfants — Laure, Audrey. Des voyages.
Et puis un jour, quelque part dans les Alpilles, quelque chose clique. Ou plutôt : quelque chose se souvient.
400
1625 · Denys plante à Pommard
2025 · Philippe replante aux Alpilles
400 ans · 12 générations · 1 rendez-vous manqué · et tenu
Au printemps 2025, à 70 ans passés, Philippe replante.
Quatre mille pieds de vigne dans les Alpilles.
Exactement 400 ans après Denys Michelot.
« Je suis ce que je suis.
Je suis celui qui est.
Je suis celui qui sera. »
Garden to Kitchen to Table · Pain maison · Farines bio · Médières 1930 · Mas des Figues 2026
Philippe Michelot · Paysan · Artiste · Sportif
12ᵉ génération Michelot · Pommard 1625 · Alpilles 2025 · 400 ans