Permaculture & Garden-to-Table

« Je cultive ce que je mange.
Et je mange ce que ma terre veut bien me donner. »

À Saint-Rémy-de-Provence, je vis avec cette terre. Pas dessus. Avec.

Avant l’oliveraie, avant les figuiers, avant la table — il y a eu le potager. Une parcelle modeste, têtue, vivante. Là où tout commence. Là où tout revient.

Pas un potager comme on en voit partout. Un potager en permaculture — où la terre, les plantes, les insectes et moi, on travaille ensemble. Chacun son rôle, chacun son rythme. Personne ne commande. Tout le monde participe.

Je suis certifié FR-BIO-10 par Bureau Veritas. Zéro pesticide, zéro glyphosate, zéro insecticide. Que du compost, que du paillage, que de la patience.

Mais la certification, ce n’est qu’un papier. La vérité, elle est dans le sol. Et dans le vivant qui grouille autour.

🌱 Préparer la terre, accueillir la vie

L’hiver, on ne dort pas au Mas. On prépare.

On butte les bacs surélevés — j’aime cultiver en hauteur, ça ménage le dos et ça concentre la matière vivante. On amende au compost — celui qu’on a fait nous-mêmes, à partir de tout ce que la cuisine et le jardin nous ont rendu. On dépose le paillage : paille, bois broyé, cartons bruns. La terre boit, la terre dort, la terre rumine.

Et au printemps, quand les fèves sortent leurs premières pousses bleu-vert, on sait que le pari est gagné.

🐝 La biodiversité, ma vraie associée

Au Mas, je ne suis pas seul à travailler. Je suis entouré. Par les abeilles, les bourdons, les papillons, les coccinelles, les syrphes, les chrysopes, les carabes — par tout un peuple invisible que la plupart des gens écrasent sans le voir.

Ces petites bêtes, ce sont mes meilleures ouvrières. Elles pollinisent mes fleurs, elles mangent mes pucerons, elles aèrent ma terre, elles décomposent ma matière. Sans elles, mon potager ne tient pas une saison. Sans elles, rien ne pousse.

Le compagnonnage — l’art de marier les plantes

Dans mes bacs, rien n’est jamais seul. Tout est associé :

  • 🥔 Pommes de terre + ciboulette — l’une protège l’autre des doryphores.
  • 🍅 Œillets d’Inde + tomates — les œillets gardent les tomates des nématodes.
  • 🌱 Fèves puis courgettes — les fèves nourrissent la terre en azote pour les courgettes qui suivront.
  • 🟠 Capucines — elles attirent les pucerons loin du potager. On les appelle « les plantes sacrifices ».

La nature sait. Il suffit de l’écouter.

L’habitat des insectes — donner asile au vivant

Pour qu’ils restent, il faut qu’ils trouvent de quoi se loger. Alors j’aménage :

  • 🪵 Tas de bois mort dans les coins reculés — gîte des carabes et des hérissons.
  • 🪨 Pierres entassées au pied des oliviers — abri des lézards, mangeurs de limaces.
  • 🌾 Tiges creuses laissées debout l’hiver — nurserie des chrysopes et des syrphes.
  • 💧 Point d’eau permanent pour les oiseaux et les insectes pollinisateurs.

Un jardin sans gîte, c’est un restaurant sans chambre. Ils passent, ils ne s’installent pas.

Pourquoi je ne taille pas au cordeau

Si vous venez au Mas, vous remarquerez : mes bords ne sont pas droits. Mes allées ne sont pas tirées à la règle. Mon herbe n’est pas rasée comme un terrain de foot.

C’est volontaire. Et c’est même réfléchi.

  • 🌼 Bandes fleuries non tondues — coquelicots, marguerites, bleuets, achillées. Des autoroutes pour les pollinisateurs.
  • 🚜 Fauchage tardif et par zones — jamais tout en même temps. Les insectes ont toujours un refuge à côté.
  • 📏 Tonte haute — jamais sous 8 cm. La pelouse rase, c’est un désert biologique.
  • 🍂 Feuilles mortes gardées sous les arbres l’hiver — abri des insectes, nourriture du sol.
  • 🦋 Orties préservées dans les coins — c’est la cantine des papillons (paon-du-jour, vulcain, petite tortue).

Un jardin « bien tenu » au sens classique, c’est un jardin sans habitants. Un jardin vivant, ça a l’air un peu fou. Tant mieux.

Le désordre apparent du vivant vaut mieux que l’ordre parfait du stérile.

Faire avec les hôtes, pas malgré eux

Vous serez là, peut-être, quand je sèmerai les radis ou quand je paillerai les haricots. Vous verrez ces gestes. Vous y êtes les bienvenus.

Vous verrez aussi les massifs de coréopsis et d’œnothères — ils ne sont pas que décoratifs, ils nourrissent les abeilles. Les rosiers grimpants ouverts comme des coquillages, dans la roseraie. Les étiquettes bilingues sur mes bacs — « Petits pois / Sweet peas », « Fèves / Broad beans » — pour que mes hôtes du monde entier reconnaissent ce qu’ils mangeront le matin.

La biodiversité, ce n’est pas une affiche. C’est une décision quotidienne. Même quand on reçoit. Même quand il fait chaud. Même quand le mistral souffle trois jours d’affilée.

🍴 Du potager à la table

Ce que j’ai semé en mars, je le récolte en juin. Ce que j’ai planté en novembre, je le ramasse en mai.

La fraise se cueille avec deux doigts, sans la presser. La carotte s’arrache à pleine main, terre encore dessus. La salade se coupe au matin — celle du brunch est toujours du jour.

Et puis je rentre à la cuisine. Et là, je deviens un autre Philippe.

Filipus Mikelotus, le Romain en moi : « Garum, miel et figues. Les Anciens savaient. »

Filipix Mikelotix, le Gaulois en moi : « Du gros pain, du fromage, du vin. Voilà. »

Filipos Mikelotos, le Grec en moi : « L’olive et le pain. Le reste est littérature. »

Je suis les trois à la fois. C’est pour ça qu’à ma table, vous trouverez :

  • 🍑 Confiture d’abricots du verger, comme me l’a apprise mémé Louise.
  • 🥖 Pain maison aux herbes — romarin du jardin.
  • 🧅 Pissaladière — oignons confits, olives noires, anchois.
  • 🌿 Terrine de papinade au laurier et au romarin.
  • 🥧 Tarte aux fruits du verger.
  • 🥗 Et toujours, toujours — salade du jardin et huile d’olive du domaine.

📅 Le rythme des saisons au potager

SaisonAu potagerÀ la table
HiverCompost, paillage, repos de la terreConfitures de l’année, soupes, terrines
PrintempsFèves, petits pois, salades, fraisesPain aux herbes, salades du jardin
Été Tomates, courgettes, aubergines, abricotsRatatouille, pissaladière, tartes
AutomneFigues, coings, olives, dernières tomatesConfiture de figues, huile nouvelle

Le buffet du matin

Quand vous descendrez, le pain est tiède.

Les confitures sont alignées dans leurs bocaux — abricot, figue, coing, mûre — selon ce que la saison a donné. Et moi je suis là, en tablier, à raconter ce que vous mangez. Chaque pot, chaque pain, chaque fruit a sa petite histoire.

🥕 Tout ça, dans votre assiette ?

Le potager, je le cultive d’abord pour ma table et pour mes hôtes.

Les fraises, les fèves, les abricots, les figues, les olives — vous les retrouverez, peut-être, dans le brunch du matin ou dans le repas du soir. Selon la saison. Selon ce que la terre a donné.

Pour goûter à tout ça, il n’y a qu’une voie : passer la porte du Mas.

« Avec le temps, la terre donne légumes et fruits.
Avec le temps, l’herbe devient lait et viande.
Avec le temps, un bloc d’argile devient œuvre.
Le paysan nourrit le corps, l’artiste nourrit l’esprit. »

Philippe Michelot

Mas des Figues, Saint-Rémy-de-Provence