« Deux mille ans que ça se passe ici.
Et je n’en rate pas un. »
Tous les mercredis matin, à Saint-Rémy-de-Provence, la place de la République et les rues alentour se transforment. Les voitures s’effacent. Les étals fleurissent. Les marchands déballent. Et la ville redevient ce qu’elle a toujours été : un lieu d’échange, de rencontre, de vie.
Ce marché-là n’est pas un marché comme les autres. Il est l’un des plus anciens de Provence — et probablement de France.
🏛️ Depuis Glanum, place de la République



Quand Filipus Mikelotus, Filipix Mikelotix et Filipos Mikelotos — mes trois personnages romains, gaulois et grec — se promenaient dans la cité de Glanum il y a 2 000 ans, ils achetaient déjà leurs olives, leurs herbes, leurs poteries sur un marché. Pas exactement au même endroit, mais dans la même cuvette protégée par les Alpilles, sur le même axe nord-sud qui descendait des montagnes vers le delta du Rhône.
Le marché a survécu à tout. Aux invasions barbares. À la peste noire. À la Révolution. Aux deux guerres mondiales. Aux supermarchés. À Amazon. Chaque mercredi, depuis deux millénaires.
Quand Michel de Nostredame, enfant de la rue Hoche, descendait sur ce marché vers 1515 pour choisir ses herbes médicinales, il marchait sur les mêmes pavés que les Romains. Et que je foule aujourd’hui.
🌿 Le marché tel qu’il est aujourd’hui
Il faut s’y rendre tôt. Vers 8h30, les marchands installent encore leurs tables. L’air est frais. Les premiers cafés s’ouvrent. C’est mon moment préféré : la ville s’étire, le marché s’éveille, et l’on peut prendre le temps de regarder.
À 10h, c’est l’affluence. Les habitués se croisent et se saluent. Les touristes prennent des photos. Les marchands hèlent. Les odeurs se mélangent : la fougasse chaude, le fromage de chèvre, la lavande, les fraises de Carpentras au printemps, les tomates noires de Crimée en été.
À 12h30, on commence à remballer. À 13h, il ne reste plus que le pavé, quelques feuilles de salade tombées, et le souvenir.
🛒 Mes habitudes du mercredi
J’ai mes étals. Comme tous les habitués. Et l’ordre est toujours le même.
D’abord, le pain — chez mon boulanger préféré, qui me garde une miche de campagne au levain quand il sait que je passe.
Ensuite, les légumes — chez un maraîcher des Alpilles que je connais depuis vingt ans. Il sait ce que je cherche. Parfois il me dit « non, pas cette semaine, attendez la prochaine, ce sera mieux ». J’apprécie.
Puis le fromage — un éleveur de chèvres d’Eygalières qui fait le meilleur banon de Provence (je dis ça à chaque marchand de banon, mais c’est vrai à chaque fois).
Les olives, on a les nôtres au Mas. Mais je passe quand même chez le marchand d’olives, juste pour discuter — il a toujours des histoires.
Et puis je flâne. Je prends un café au bistrot du coin. Je salue trois ou quatre personnes. Je regarde les touristes essayer de comprendre ce qu’ils voient. Et je rentre au Mas avec mon panier.
🌟 Quelques producteurs que j’aime
Je ne donnerai pas leurs noms ici — ils sont trop modestes pour ça, et le marché doit garder un peu de mystère. Mais voici ce que vous trouverez si vous prenez le temps de chercher :
- 🥖 Le pain au levain — un boulanger qui travaille à l’ancienne, croûte épaisse, mie dense
- 🐐 Le banon AOP — fromage de chèvre enveloppé de feuilles de châtaignier
- 🍯 Le miel de garrigue — un apiculteur de la vallée des Baux
- 🍅 Les légumes des Alpilles — variétés anciennes, cultivées sans pesticides
- 🌿 Les herbes aromatiques — thym, romarin, sarriette, comme à l’époque de Nostradamus
- 🫒 Les olives de Provence — picholines, lucques, tanche, en saumure ou marinées
- 🍷 Les vins des Baux et de Saint-Rémy — AOP biologique le plus souvent
Ce ne sont pas les moins chers du marché. Mais ce sont les plus vrais. Et derrière chaque étal, il y a une histoire, une famille, un savoir-faire transmis. C’est cela que je viens chercher.
🚶 Mon conseil pour le visiter
Venez le mercredi matin, c’est évident. Mais venez tôt — avant 10h si possible. C’est moins bondé, plus calme, et les producteurs ont encore le temps de discuter.
Garez-vous un peu loin et marchez. Saint-Rémy se traverse à pied — c’est même la seule façon de la comprendre.
Apportez un grand panier en osier. Achetez peu mais bien. Goûtez ce qu’on vous propose (les marchands offrent toujours une tranche, un morceau, une rondelle). Posez des questions. Souriez. Prenez votre temps.
Et si vous séjournez au Mas, je vous prêterai mon panier — celui que j’utilise depuis quinze ans, qui connaît tous les étals.
« Le marché n’est pas un commerce.
C’est une mémoire qui se transmet
de main en main, chaque mercredi. »
Philippe Michelot
Mas des Figues, Saint-Rémy-de-Provence